Monte Booker : producteur, beatmaker & architecte du chaos

Il vient tout juste de sortir (enfin!) son premier projet solo : noise (meaning), un album déjà mémorable... Mais quels sont les éléments-clefs du succès de ce beatmaker hors-norme ?

Publié le 23 juillet 2026
par Plexus

Monte Booker - Meaning © Youtube

Au détour de plusieurs rebonds sur Instagram, je glisse progressivement de story en story vers la scène de Zero Fatigue, le collectif fondé par Smino et Chris "Classick" Innumerable à Chicago autour des années 2014/2015. À force de gratter dans les crédits et tags de leurs vidéos, je me rends très vite compte que le nom de Monte Booker semble être en quelque sorte à l’origine de l’identité sonore du collectif.

Nous sommes fin 2025, Monte Booker a déjà une belle carrière derrière lui, et il vient tout juste de sortir enfin son premier véritable projet solo intitulé “noise (meaning)”. Avant de se pencher sur cet album mémorable, petit retour sur les éléments clefs du succès de ce beatmaker hors-norme.

Passer de la chambre d'ado aux studios

Scolarisé pendant une partie du lycée à domicile, il passe ses heures à décortiquer les crédits de ses albums favoris et commence à comprendre l’importance de la place des producteurs dans le succès des artistes mainstream. C’est à ce moment-là qu’un ami l’introduit à un outil qui va définitivement changer sa vie :  Fruity Loops . Logiciel de MAO parfois critiqué à cause de son interface ludique, c’est justement ce côté-là qui va séduire Monte et le pousser à maîtriser parfaitement “l’instrument”. Comme pour chaque producteur, le matériel utilisé est un élément clef dans la construction d’une signature sonore, et Fruity Loops devient en quelque sorte pour Monte l’équivalent d’une SP1200 pour Pete Rock, l’outil même qui va limiter et définir l’identité de son identité musicale. 

Très vite et déjà armé de ses premières productions, Monte Booker rencontre Smino en 2012, ainsi que Chris Innumerable qui l’introduit au sein de son studio. Il finit très vite par se retrouver aux commandes des productions des premiers projets de Smino et l’alchimie fonctionne immédiatement : les beats syncopés et saturés de Monte matchent parfaitement au flow nonchalant et aérien de Smino. Ensemble, ils forment en quelque sorte le socle de Zero Fatigue, et leur collab’ explose avec la mixtape réalisée pour le label/radio Soulection et leur titre “Kolors” qui finit par devenir complètement viral sur TikTok. Monte devient alors le beatmaker in-demand!

Ses productions parfois déstructurées, souvent “in the red”, construites autour de drums off-beat et de nappes de synthés psychédéliques vont jusqu’à séduire Doechii qui retient 3 titres phares pour sa pièce maîtresse Alligator bite never heal : le track “Catfish” est un exemple type du talent de Monte Booker ; un simple drum break ultra saturé et une basse lourde et minimaliste suffisent à faire exploser le flow puissant de Doechii pour un résultat qui au final n’est pas sans évoquer le son 90's new-yorkais.

L'aboutissement "Noise (meaning)"

Après avoir collaboré ainsi, avec entre autres Mick Jenkins, J-Cole, Spillage Village, Nonam, Monte Booker travaille enfin sur un projet solo qu’il pense avant tout sous la forme d’une mixtape conceptuelle, intitulée “Noise (meaning)” : c'est une compilation de collaborations, entrecoupée de plages instrumentales qui donnent corps et rythme au projet. Dans cette beat tape, Monte laisse encore plus s’exprimer ses recherches et expérimentations sonores, en témoignent parfaitement certaines pistes proches de l’ambient (inter mission), ou à l’inverse d’autres beaucoup plus noisy (marbles). Tout en torturant ses synthés et drums, Monte parvient néanmoins à créer de véritables bangers hors du temps : B2B” avec l’éthiopienne Mereba, “Defense” en duo avec Nami, ou encore “Lights” avec Smino.

À noter également le travail visuel effectué tout au long des 6 videos qui illustrent l’album, toutes tournées dans un hangar repensé à l’image du studio de cet artiste hors-norme : minimaliste, brut, à la croisée entre la chaleur analogique et froideur industrielle. Peu de producteurs actuels réussissent aujourd’hui aussi bien que Monte Booker à proposer une signature sonore si forte et expérimentale, sans pour autant rester underground ou devenir élitiste.

Pas une fausse note dans ce premier véritable projet de 32 minutes. Noise (meaning) est un équilibre parfait autour de cette recherche de la notion du bruit : ‘Noise could be good, noise could be bad, noise can be anything.” (Okayplayer interview).

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